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jeudi 13 décembre 2007

"Anémie suite".

J'avais donc rendez-vous lundi avec mon oncologue. Le patient qui avait rendez vous avant moi n'était pas encore passé, et le temps s'écoulait assez lentement. Avec un livre c'est un peu plus facile, mais quand même. Comme il manquait un résultat pour ce monsieur j'ai pu avoir sa place, donc mon retard a été relativement léger. Mais quand même de l'ordre de la demi heure. 

Un certain nombre de réponses m'ont été données: 
- la taille de mon sein (plus gros que l'autre) et la douleur dans le bras:normal. Irradiation et chirurgie. 
- les cellules inflammatoires et hémorragiques dans les frottis: normal aussi: tamoxyfène.
- la fatigue: pas normale mais peut -être liée à l'anémie.
- l''anémie: pas normale. Ce n'est pas une anémie par carence de fer, donc il faut chercher ailleurs. Une analyse de sang plus poussée pourrait donner des pistes. Cela a été fait tout de suite après la consultation, mais les résutats ne me seront communiqués qu'au début de la semaine prochaine et moi, la semaine prochaine je suis à la montagne (pour me refaire des globules rouges).

Une autre piste possible: les angiomes "géants" de mon foie qui ont augmenté de taille depuis le mois de mai et qui pourraient provoquer une hémolyse du sang. Donc IRM en janvier et nouvelle consultation le 7 janvier.

Moi qui espérais bravement que le ferrograd réglerait la question de l'anémie, je suis un peu déçue et un peu perplexe, parce que ce qui touche au foie je n'aime pas trop. J'ai connu dans ma pratique à l'hôpital des enfants porteurs d'angiomes internes et les traitements étaient très difficiles avec des phases d'alimentation très complexes. Mais je doute fort que ce soit mon cas. 

Il est possible que cette augmentation soit liée au tamoxyfène. Dans ce cas ce médicament ne serait plus bénéfique et devrait être arrêté. Comme je ne peux pas prendre l'autre molécule qui déminéralise les os, cela pourrait signifier que je ne prendrai plus rien... Après tout le nodule ne mesurait que 7mm a dit le cancérologue et si le remède doit être pire que le mal alors il faut réfléchir avant d'agir.  

Mais ce je trouve très curieux c'est que dans ma tête, malgré cette fatigue qui perdure et m'attaque comme je l'ai déjà écrit, le cancer est enfin derrière. Une étape est franchie: j'ai eu un nodule cancéreux, j'ai été soignée pour cela et maintenant je vais bien.

Comme je l'ai dit, je ne peux pas employer le terme de guérison (peut-être un reste de superstition enfantine) , mais en moi, quelque chose a été nettoyé, purifié si je puis dire. 

Je ne sais pas ce que vont donner les investigations du foie, malgré l'utilisation du mot nodule qui est employé dans le compte rendu des radiologues. J'ai juste l'intention de profiter de la semaine à la montagne et des fêtes de Noël. 

angiome: malformation vasculaire circonscrite, le plus souvent d'origine congénitale, constituée par une agglomération de vaisseaux sanguins (hémangiome) ou lymphatiques (lymphangiome)




jeudi 6 décembre 2007

"Encore un dragon".


Le dernier billet"brisement" traduisait un état que je peux qualifier d'un peu dépressif. Pour schématiser, je me sens attaquée en profondeur tant par le cancer que par les traitements. Il ne s'agit pas d'un raisonnement rationnel, mais d'une réaction affective, émotionnelle.

Lundi j'ai eu des examens radiologiques: poumons, seins et des échographies abdominales et pelviennes. Je dois dire que je me demandais ce qu'on allait encore trouver comme dysfonctionnement de mon pauvre corps.

Pour ces examens il fallait que je sois complètement à jeun (pas de boisson) pour l'échographie du foie et la vessie pleine pour l'échographie pelvienne. Je n'était pas de très bonne humeur à cause de ces deux contraintes.

L'échographie du foie a pris un certain temps car il semble que les angiomes géants excitent la curiosité des radiologues. Ceci dit on verra bien si d'autres examens sont à faire. Le foie est pour certains un organe symbolisant la colère.

Celle de l'utérus est bonne me semble-t-il. L'endomètre (puisque c'est lui qui est sensible à l'action du tamoxyfène) est normal actuellement, ce qui est le principal pour moi.

La manipulatrice radio était amicale et attentive à mon confort, ce que j'ai apprécié.

L'un dans l'autre ces examens ont quand même pris deux heures.

En rentrant chez nous, j'ai eu comme des envies destructrices: cracher du feu sur tout le monde, écraser tout ce qui était sur mon passage (ou celui de notre voiture) bref être tout sauf quelqu'un de civilisé. Et je m'imaginais en dragon crachant du feu par petites bouffées.

Cela peut tout à fait s'entendre comme une bascule de l'état dépressif à un état un peu hypomaniaque, mais je dois reconnaître que cela fait du bien. Cela me permet (parce que je suis bâtie comme cela) de m'imaginer en animal mythique et mythologique, capable de voler, de dominer (enfin) de détruire, mais aussi comme me l'a appris un de mes petits patients de ronronner en cas de bien être.

Alors j'ai un peu oscillé entre des moments où le feu sortait et des moments où le ronronnement interne me calmait.

Un massage "shiatsu" était prévu pour mardi et je dois dire que je l'attendais avec une certaine impatience.

Ma thérapeute n'a pas trouvé le foie volumineux, ce qui est un peu rassurant. Par contre elle a trouvé que l'émotionnel était vide. Il s'est fait un travail sur le bras gauche qui est le bras du sein opéré. Ce bras est douloureux depuis un certain temps. Et lors du travail sur les méridiens qui sont dans ce bras j'ai ressenti un moment de profonde détente de grand bien-être. J'ai eu beaucoup moins froid cette fois ci que lors du massage précédent. D'une fois sur l'autre, en fonction de l'état dans lequel on est, les sensations sont très différentes.

J'ai ressenti dès le début du massage une grande chaleur dans l'abdomen. Cette chaleur n'est pas induite par la chaleur des mains du thérapeute, même si elle est induite par le mouvement des mains. C'est une chaleur difficile à décrire, car à la fois c'est brûlant, mais en même temps doux. Quelque chose se remet à circuler. je ne sais comment ce quelque chose doit s'appeler. Il y a le terme d'énergie, mais pour moi c'est un peu un mot valise dans lequel on mettre des masses de significations.

Peut-être qu'il s'agit de rétablir le courant, comme si l'eau de la source était bloqué partiellement par un éboulis de pierres et que le fait de déplacer une seule pierre (parfois il suffit de peu de choses) permet à l'eau de sourdre puis d'irriguer ce qui doit être irrigué.



Aujourd'hui? L'euphorie est un peu passée, la fatigue est présente. A mon phlébologue qui me disait "c'est derrière" j'ai simplement rétorqué: non cette maladie là, elle ne se met pas derrière si facilement.

dimanche 2 décembre 2007

"Brisement".



Amandes dans leur coques d'un vert tendre, amandes de mon enfance.


Un de mes amis me disait il y a quelques jours que pour certains pères du désert des premiers temps du christianisme, les épreuves pouvaient s'entendre en terme de "brisement". Briser ce n'est pas écraser. Pour manger l'amande qui est le coeur, il faut bien briser la coque, la briser, ce qui nécessite finalement une certaine habileté. Mais en ce moment ce que je vis est plus de l'ordre de la destruction que de la brisure et c'est là où aujourd'hui le bât blesse.

Alors pourquoi ce préambule? Simplement parce que différents résultats d'examens (sang et frottis) me posent des questions et que l'examen radiologique de demain me fait peur.

J'aurais pu attendre demain pour rédiger ce billet, mais c'est aujourd'hui que quelque chose me taraude.

Ce que je ressens aujourd'hui c'est une espèce de destruction de ce que j'étais depuis le début des rayons et la prise du tamoxyfène (l'anti-hormone utile pour traiter mon cancer).

Je n'ai pas ressenti cela après la chirurgie. Mais il y a bien un avant les rayons et un après les rayons, un avant le tamoxyfène et un après. Je supporte mal ces petites atteintes que je pense liées aux rayons et aux médicaments: petite diminution de l'hémoglobine, présence de cellules peu inflammatoires et de cellules hémorragiques dans les frottis (ce qui n'avait jamais été le cas). J'ai l'impression d'avoir été quelqu'un de sain sans gros problèmes avant la détection de ce nodule cancéreux et de basculer dans une espèce de dégradation.

Il faut dire que l'idée d'une possible atteinte de la paroi utérine me fait peur. Si cette partie de moi devait être enlevée, je sais que je le vivrais très mal, même si je fais la fière (à mon âge, je n'en ai plus besoin).

Ce matin j'ai fait un rêve un peu étonnant: nous avions décidé mon mari et moi-même de faire une courte promenade en bord de mer. Nous voulions aller jusqu'à un promontoire et faire demi-tour ensuite. De fait arrivés à cet endroit, le chemin changeait complètement d'allure: il se mettait à grimper en longeant une sorte de cuvette assez grande, remplie d'eau noirâtre. Dans cette cuvette qu'il fallait soigneusement contourner il y avait une sorte d'énorme crabe (un peu comme celui décrit par Kipling dans les "histoires comme ça": le crabe qui jouait avec la mer). Nous avons fait demi tour sans trop nous poser de question en essayant de rester hors d'atteinte. Nous ne sommes pas tombés dans la mare, nous n'avons pas été saisis par les pattes, mais il fallait faire vite, se dépêcher et d'une certaine manière lutter contre le temps car la nuit tombait.

Le positif de ce rêve c'est que mes deux jambes fonctionnaient ce qui est loin d'être le cas dans d'autres rêves ou il m'est impossible de franchir la moindre côte ou le moindre escalier (belle représentation de la maladie qui paralyse).

Mais l'association crabe et cancer est la première qui vient, et là le crabe était assez monstrueux, ce qui montre je le crois à quel point, cette maladie est vécue par moi comme quelque chose de potentiellement très destructeur.




Les rayons en détruisant des cellules cancéreuses (?) m'ont détruite d'une certaine manière.Il y a ce que j'étais avant et ce que je suis aujourd'hui, ne sachant pas ce que je deviendrai dans les années à venir.

Qu'il y ait en moi de la colère, c'est certain. Que cela altère d'une certaine manière la confiance que je pouvais avoir en moi, c'est certain également. C'est ne plus pouvoir compter sur son corps. C'est faire entrer une certaine représentation de la mort en soi. C'est en tous les cas reconnaître sa fragilité.

Mais la question qui est pour moi importante c'est de vivre ce que j'ai à vivre, non comme un écrasement, mais comme un brisement pour que le coeur qui est dans la coque puisse être révélé.

Pas facile du moins aujourd'hui.

jeudi 29 novembre 2007

Anémie et fatigue.





Petit préambule.

début du préambule

Quand je suis rentrée dans le secondaire, le trimestre de rentrée n'a pas été un très bon trimestre, et pourtant je travaillais de manière très consciencieuse. Mon père à cette époque là, était directeur d'usine. Il avait instauré une bonne médecine du travail dans son usine où il y avait pas mal de solvants. Il avait pris l'habitude de travailler avec l'institut médico légal, pour les examens de laboratoire.

Ne comprenant pas à quoi était due cette baisse de rendement (scolaire), il m'a envoyé faire une prise de sang dans cet établissement que je ne savais pas être la morgue.

La prise de sang a montré qu'il y avait une anémie. Le remède à l'époque était des piqûres de vitamine B12, ce dont je garde un très mauvais souvenir. Cela sentait mauvais et le liquide huileux rendait l'injection (que je me suis très vite fait toute seule) douloureuse.Et puis c'était la grosse seringue en verre qu'il fallait faire stériliser, bref pas drôle.

Après tout était rentré dans l'ordre et "la machine à ronger le granit de la science de ses jeunes dents"que j'étais censée être, fonctionnait à nouveau parfaitement.On avait trouvé la cause du dysfonctionnement, on avait trouvé la parade, donc tout était pour le mieux.

Bien entendu quand on a 11 ans, on ne se plaint pas d'être fatigué. Mais il s'est fait dans ma tête une association entre anémie et fatigue et quand mon taux d'hémoglobine est en dessous de 12 en général je ne vais pas très bien.

Fin du préambule.


Je fais partie des personnes ayant une formule sanguine normale mais limite inférieure du moins pour les hématies et l'hémoglobine. En général cela tourne autour de 4.200.000 et 13.5.

J'ai eu un certain nombre d'analyse de sang depuis l'intervention chirurgicale du mois de mai.

Le cancérologue qui me suit m'a demandé de faire un bilan sanguin avant de le revoir, la consultation étant prévue le 10 décembre.

J'ai eu les résultats avant-hier et je n'en suis pas ravie. Tous les marqueurs sont bons donc de ce côté là, parfait. Par contre en ce qui concerne la numération globulaire, force m'est de constater que entre la fin des rayons et maintenant, il y a un petite chute des globules rouges (de 3.990.000 à 3.750.000) et de l'hémoglobine (de 12.3 à 11.7). Les plaquettes ont baissé: elles étaient à 250.000 avant la radiothérapie, 175.000 à la fin du traitement et 160.000 maintenant. Je me demande si une partie des problèmes de cicatrisation que j'ai avec mon oeil ne sont pas liés à cette baisse des plaquettes..

En soi, ces chiffres ne sont pas du tout catastrophiques. Je pense qu'ils peuvent peut-être expliquer en partie la persistance de la fatigue, alors que les rayons sont terminés depuis 3 mois.

J'espère que mon oncologue pourra me donner une raison à cette baisse. Bien évidemment je l'attribue aux rayons, car j'avais lu qu'il fallait faire des NFS de manière régulière pendant et après les séances, ce qui laissait à supposer que les rayons ont une incidence sur la formule sanguine. Mais je n'ai rien trouvé de significatif sur le net pour le moment.

Mais pour dire ce qui est, ces résultats, ont provoqué chez moi un profond mécontentement.

Je ne suis pas contente.

Je sais que cela peut paraître stupide, mais je ne suis pas contente parce que je veille à mon alimentation et à ma santé. Constater que les chiffres descendent alors que j'espérais qu'ils auraient remonté pour se rapprocher de ce qui est mon équilibre n'est pas pour moi source d'inquiétude, mais source de colère, colère contre ces rayons qui continuent à détruire.

Je n'aime déjà pas beaucoup ce que les rayons ont fait sur la structure de mon sein, mais là comme on dit, ça en rajoute une couche... Et après on viendra me dire que la fatigue c'est dans la tête.

Comme je crois l'avoir dit, je suis incapable de parler de mon cancer au passé et de dire "j'ai eu un cancer du sein". Chaque jour je vis avec ce cancer qui renvoie à ma mort. J'apprends à vivre avec lui, ce qui est certainement une très bonne chose pour moi et mon cheminement.

Peut-être que cette numération en soit relativement banale et pas dramatique, m'oblige à admettre qu'il faut laisser du temps au temps, et que les rayons comme toute médication efficace ont des effets secondaires qui ne lâchent pas prise si facilement.

Je vais être un stroumpf grognon aujourd'hui:


j'aime pas les rayons,
j'aime pas la fatigue,
j'aime pas le cancer,
j'aime pas pas être contente,
j'aime pas être en colère

J'aime pas le "ferrograd", mais faut ce qu'il faut non?

j'aime pas être un stroumpf grognon, c'est pour cela que j'en ai choisi un autre...

mardi 20 novembre 2007

"6 mois"



La biopsie date de la mi-mai, l'intervention chirurgicale du 23 mai, le début des rayons du 16 juillet et l'hormonothérapie du 25 septembre.

Où en suis-je aujourd'hui? A dire vrai je ne sais pas trop.



Quand on est trop gourmand, on peut confondre bouche et oeil et voilà alors ce qui arrive: un oeil tout noir...

L'incident de mon oeil a été difficile à vivre. Ce qui se voit n'est pas évident à gérer. En fait quand mon sens de l'humour a pu reprendre le dessus, c'était déjà beaucoup mieux: je suis devenue "mamie panda" l'espace d'une dizaine de jours, après je me suis vue en "lapin russe", et maintenant, je redeviens presque normale, sauf que ce n'est pas terminé et que les deux yeux me semblent très dissymétriques. Je me supporte mal comme ça, mais comme tout n'est pas résorbé j'espère que mon oeil récupérera une taille normale dans les prochaines semaines. Je veux dire que quand je me regarde dans une glace je n'aime pas ce que je vois. Quand j'étais petite il y avait une vieille dame avec une paupière un peu tombante et cela me faisait très peur. Il n'y a pas eu de dégâts dans l'optique de l'oeil et je peux me consoler un peu avec ça. Mais une atteinte reste une atteinte.


Je crois que pour comprendre ce que je vis dans cette aventure avec une maladie qui vient du dedans de moi et qui peut tout à fait me détruire (même si le pronostic est un bon pronostic), il faut parfois aller voir ce que j'écris dans mon autre blog.

Un blog c'est un peu comme un miroir. Il réfléchit un jour après l'autre des états qui sont différents, il renvoie à des facettes, et en fin de compte pour moi il est très thérapeutique. L'écriture a toujours été pour moi une sorte de thérapie. Ce n'est peut-être pas pour rien que beaucoup de mes écrits professionnels sont des questions, mais ceci est une autre histoire. Le blog me permet de dire ce qui se passe en moi, aussi bien dans une recherche spirituelle que dans ce compagnonnage avec la maladie. Dissocier ces deux aspects est plus simple pour moi. Je suis scientifique de formation donc analytique. Le blog est le lieu de mes découvertes.

Mon désir profond depuis quelques années est de m'alléger, de me transformer, de muer. D'une certaine manière ce désir se réalise; pas du tout comme je pouvais l'imaginer, mais c'est bien que cela se passe ainsi.

Peut-être aurai je du "crier" plus que je ne le fais, mais j'ai connu trop de choses dans ma vie professionnelle pour ne pas être lucide sur ce que je vis et qui n'est pas dramatique. Peut-être que je me plains beaucoup des relations que j'ai avec le monde médical, mais cela est très lié au travail d'écoute que j'ai essayé de pratiquer depuis des années. Je sais que l'on est parfois tellement secoué par une phrase prononcée pourtant très gentiment par un médecin qu'on devient comme sourd à tout le reste de l'entretien.

Je sais que les abréviations (j'en emploie aussi dans mon métier) doivent être expliquées, mais que lorsqu'elles sont employées journellement, on n'y pense plus. J'ai la chance de savoir ce qu'est un Glasgow dans les comas, mais peu de personnes le savent. Pourtant comprendre ce qui se cache derrière des lettres et des chiffres est important.

Pour en revenir au titre de ce billet, oui cela fait 6 mois que beaucoup de choses ont basculé.

Pour parler de mon sein en tant que tel,d'une certaine manière, je le regarde, je le touche, mais il ne m'appartient pas vraiment. Il n'est pas mort, mais il n'est pas vivant non plus. Il reste nettement plus volumineux que le sein sain. Il y a parfois des sensations douloureuses au niveau de la cicatrice qui irradient un peu dans l'épaule. Alors bien entendu des questions naissent quand ça fait mal. Et si quelque chose se passait, et si... Mais normalement les échographies et mammographies du début décembre devraient donner des réponses. Ceci pour dire que l'angoisse liée à cette pathologie reste présente.

Aujourd'hui il reste la fatigue qui se manifeste par une sensation d'épuisement. Elle est différente d'une fatigue de dépression (je connais). Cette fatigue elle est moi, elle fait partie de moi et je vais peut-être apprendre au fil des jours à la regarder autrement. Peut-être est-elle aussi préfiguration de la vieillesse et des pertes qui l'accompagnent? Peut-être disparaîtra-t-elle?

Il est certain qu'elle augmente aussi ma compassion pour toutes les personnes qui connaissent cette sensation où l'on se sent vide, incapable de faire, même si par ailleurs les gestes restent quand même possibles. Oui je peux faire ce que j'ai à faire dans ma maison et parfois ce faire est joie, mais parfois il est effort, effort qui coûte et qui ne procure pas de plaisir.

Il reste (ou il restait) les bouffées de chaleur liées au tamoxyfène. Ma gynécologue que j'ai rencontrée jeudi m'a donné un médicament (non remboursé) qui répond au doux nom de SERELYS. Je le prends depuis moins d'une semaine et hier soir, pour la première fois depuis deux mois, j'ai passé une soirée quasiment normale. Là c'est un très beau cadeau. Ma gynécologue m'a demandé de la tenir au courant de l'effet de ce médicament, ce que j'ai apprécié, car le prochain rendez vous est dans un an, ce qui veut dire que je peux téléphoner pour donner ainsi de mes nouvelles. Quand je parle d'humanité chez les soignants, c'est à cela que je fais référence.

A chaque jour suffit sa peine. J'espère que les personnes qui me lisent et qui sont parfois choquées par un certain exhibitionnisme, comprendront mieux le travail qui se fait en moi en ce moment est un cheminent vers un "autrement". Ce cheminement que j'ai la chance de ne pas faire seule, même si ce travail de fond reste quand même très individuel.

mardi 6 novembre 2007

"Une histoire d'oeil"

J'utilise un peu le blog pour sortir ma rogne...

Voici le coupable: un arbuste que j'ai soigné hier avec amour en enlevant la mousse qui était à son pied.

En fait je plantais des oignons de tulipes, le jardinier était passé le matin, le jardin était propre et il faisait très beau bref les conditions idéales pour jardiner un peu.

Et brusquement un choc dans l'oeil, comme si je m'étais empalée sur une branchette. Pas très mal, mais une sensation bizarre. Comme la vision ne semble pas altérée je continue mon travail presque jusqu'au bout.

Je rentre à la maison et voilà ce que j'ai vu:

Alors je m'affole un peu, je téléphone chez mon optalmo qui me reçoit dans l'heure qui suit.

C'est superficiel. Aucun traitement, même pour désinfecter, attendre. Les traitements homéopathiques, manifestement il ne connaît pas. Je suis donc rassurée. Je vais prendre de l'arnica, et mettre de l'hémoclar.

Alors pourquoi mettre ce billet dans le blog du cancer?

Voilà la solution.

Je prends pour lutter contre une récidive un médicament qui favorise les thromboses. Mon phlébologue après avoir injecté mardi dernier le produit pour scléroser une veine, m'a demandé de prendre de l'aspirine 2 grammes par jour pendant 5 jours. Je n'aime pas prendre de l'aspirine, parce que je sais que si je me blesse, il y a un petit risque hémorragique.

Et de fait c'est ce qui s'est passé. La rupture du capillaire a provoqué une véritable hémorragie. Alors qui est responsable de mon oeil?


mon oeil ce matin au réveil. Pas beau le n'oeil!

Bien sûr, je pourrais dire ma maladresse, mais si je n'avais pris d'aspirine, les séquelles auraient été minimes.

Alors d'une certaine manière je retombe sur le cancer qui est quand même à l'origine de cet incident.

A nouveau j'ai été confrontée à cette fatigue qui porte au coeur, et pourtant ce n'était pas très douloureux.

Alors ce matin je ressens cet incident comme si dans le match qui m'oppose à cette maladie, j'avais perdu un point.

Faut-il jardiner avec des lunettes?

jeudi 1 novembre 2007

Deux mois...



Deux mois, deux mois quoi?

Deux mois que les rayons sont terminés, un mois qu'ils n'agissent plus avec la même virulence. Deux mois, cela fait quand même 60 jours.

Un mois que je prends l'anti oestrogène et que je dois accepter ces bouffées de chaleur que je hais, même si elles sont peu nombreuses et de courte durée. Je sais que la semaine après ma naissance, par une chaleur étouffante, il y a eu l'exode et que pour se reposer ma mère me couchait dans un oreiller de plume (normal à cette époque). Et là j'ai l'impression que la chaleur qui envahit tout mon être est du même ordre que la chaleur secrétée par ce coussin dans lequel je m'enfonçais sans pouvoir rien faire, sans pouvoir me retourner, sans pouvoir y échapper..

En fait cela revient toujours à la possibilité d'être actif et là, il n'en est rien. C'est une sorte de chaleur en trop que j'aimerais parfois communiquer à ceux qui vivent dans un sentiment d'abandon de froid. Si au moins ça pouvait servir à quelque chose, à quelqu'un?

Je vais bien et je ne vais pas bien et cela c'est difficile à supporter. Je me rends compte qu'avoir de la compassion envers soi-même cela n'est pas évident du tout. Je me demande parfois si je mets un peu trop de grains dans le moulin, peut-être pas au bon rythme, ou si le moulin a un problème avec les engrenages. Et si c'est le cas, alors cela renvoie à autre chose, en particulier avec le vieillissement et cela, honnêtement, je n'aime pas.

Ce qui est certain c'est que le moulin il aime moudre, mouliner, il est fait pour ça. Il aime le bruit de l'eau dans les aubes de la roue, il aime le bruit du grain entre les meules, il aime la douceur de la farine et quand ça s'arrête, il ne comprend pas, il n'aime pas.

Chaque fois que je sens que je dois m'arrêter, que ça ne va pas, que j'ai envie de m'allonger, de fermer les yeux, d'attendre que ça passe, il y a de la révolte en moi. Je ne fais pas grand chose et ce "pas grand" est parfois du trop. Et cela je n'aime pas.

Bien entendu, je vais apprendre à vivre avec cela et puis peut-être que dans quelques mois, ce sera derrière moi. Mais aujourd'hui, avec l'automne qui est là, les feuilles qui tombent, les journées qui racourcissent, le moral est un peu en accord avec la saison.

Ce qui est certain aussi, c'est que même si mes deux seins extérieurement se ressemblent, ils restent très différents. Le sein traité a beaucoup moins de sensations, un peu comme s'il était mort et cela aussi c'est désagréable. Il n'est plus douloureux, puisque je peux me coucher sur lui, mais il a en lui une partie que je ressens comme non vivante.

Bref je vais bien et je ne vais pas très bien. Il y a quand même des petits coins de ciel bleu derrière les nuages.

Je me dis que le ciel est bleu quelque part.