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mardi 11 mars 2014

J+7 Hématome à l'horizon.

Je reviendrais sur le vécu de ces 6 jours d'hospitalisation. Simplement si j'écris ce soir, c'est que je découvre que la jambe opérée n'a pas doublé de volume par rapport à l'autre, mais je dirai que la cuisse et le genou ont bien un tiers de volume en plus, qu'un superbe hématome est en préparation sur l'intérieur de la cuisse, et que cela j'aurais bien aimé que l'on  m'en parle.

Que cela fasse partie des suite logique d'une intervention orthopédique qui ne se fait pas dans la dentelle, puisque n'étant pas endormie j'ai entendu des bruits de scie, des bruits de marteau et tous ces bruits bizarres évoquant une caisse à outil dans laquelle on cherche le bon burin. Mais j'avais imaginé que le redon (le drain sous vide qui aspire le sang de la plaie en permanence pendant 3 jours) évitait justement cela.

Bien sûr je marche, bien sûr je n'ai pas trop mal, mais que j'aimerai qu'il existe des dossiers que l'on remettrait aux patients en leur expliquant comme ça va se passer après au fil des jours. J'espère que l'infirmière et la kinésithérapeute que je dois rencontrer demain m'expliqueront un peu mieux la suite des jours (à défaut de l'écume des jours).

mercredi 26 février 2014

J-7

Dans une semaine je serais au bloc. Enfin j'espère ne pas passer en fin de matinée.

Pour une fois, j'ai commencé à rassembler mes affaires ce qui ne me ressemble pas, car en général les valises c'est au dernier moment, mais je veux mon confort, donc ne rien oublier. Par exemple prévoir des infusions pour le soir, du café pour le matin (petits déjeuners assez tardifs), poste de radio, livres, etc...

Mais je compte les jours avec une certaine appréhension, car une fois l'intervention réalisée, la pièce neuve posée, moi je ne serai pas "toute neuve", il va falloir apprendre à marcher avec cette prothèse, ne pas faire de faux mouvements, et accepter ce nouveau morceau.

J'ai vu l'anesthésiste la semaine dernière, qui veut que je prenne du fer, car il risque d'y avoir une forte perte de sang pendant l'intervention et cet apport pourrait permettre une anémie post opératoire moins importante. Moi qui étais si contente d'avoir plus de 12 en hémoglobine. Il m'a prévenue que je risquais de voir des poches de sang en salle de réveil, mais ce que serait le mien. Cela se fait depuis des années et à priori ne m'inquiète pas. J'ai demandé si l'intervention pouvait se faire sous rachis algie, car j'ai toujours une certaine peur des effets secondaires de l'anesthésie générale. Il a répondu favorablement, avec juste: il faudra faire une piqûre supplémentaire, mais ça, ça ne me fait pas peur, et .. "on propose cela aux personnes de plus de 60 ans". Alors pourquoi ne l'a -t-il pas fait?

Je sais bien que cette intervention, c'est de la scie, du burin, donc des bruits importants, mais avec la sédation, je sais très bien que je serais un peu à l'ouest, alors l'important sera d'être "confortablement" installée, le reste ne m'inquiète pas et quelque part, être endormie c'est ne pas savoir, et moi, j'aime savoir.

Ce qui est difficile pour le moment, c'est de ne pas savoir si la douleur sera très forte, et surtout combien de temps je serai "la patiente" pour laquelle il faut tout faire.

Alors chaque jour, quand je monte les escaliers ou les descends, je me dis: ça je peux le faire, et j'en profite. Chaque jour je me me dis, aujourd'hui je peux travailler dans le jardin, je peux marcher avec mon marin je peux, je peux, je peux... Après je ne pourrais plus, alors d'une part j'en profite et de l'autre je me vois tellement mal à être limitée.

Il faut dire aussi que pour moi, qui ai travaillé en milieu chirurgical orthopédique et en centre de rééducation, m'imaginer avec des béquilles, cela passe mal.

j'essaye de demander à des personnes compétentes comment ça va se passer. Tout le monde est super optimiste, plus que moi. Mais je sais que les personnes sont toutes très contentes et je ne peux pas rester avec une hanche qui se coince de plus en plus.

Mais que je voudrais être plus vieille d'un mois.

vendredi 7 février 2014

J-28

Nous sommes le 5 Février aujourd'hui, dans un mois, donc 4 semaines je serais certainement dans ma chambre à attendre. Attendre d'aller au bloc pour poser cette prothèse totale de hanche: TPH comme "ils disent" les médecins.

Dire que cette perspective me ravisse, non pas du tout. Je tâcherai de mettre mes mots sur ma réticence devant cette intervention, mais ayant travaillé en orthopédie et sachant que pour moi les prothèses sont associées à cancer des os, on peut comprendre que cette intervention me pose question.

J'avais rencontré le chirurgien qui doit m'opéré l'an passé et il m'avait "énervée" car j'avais eu l'impression de me trouver face à un garagiste qui me disait: la pièce est foutue, il faut la remplacer. Et il était prêt à faire cela dans la quinzaine sans se préoccuper de savoir si moi j'avais des projets.. Bref cela s'était mal passé et j'étais sortie mécontente, d'autant que pièce usée ou pas, je peux marcher 3 heures, faire du ski, et je n'ai pas besoin de prendre ma voiture pour faire les courses. Maintenant la douleur existe, elle est très présente surtout la nuit et certains mouvements (prendre appui sur cette jambe, monter sur escabeau) sont très douloureux voire difficile.

Cette fois çi cela s'est mieux passé. Il m'a montré la prothèse qu'il allait utiliser: céramique qui permet d'éviter de cimenter. L'intervention ne dure qu'une heure et la durée d'hospitalisation a diminué par rapport à l'an dernier: 5 jours au lieu de 8. Il sera ensuite question de kiné au domicile et de marcher avec une canne anglaise pendant 4 semaines.

j'ai trouvé un site qui montre très bien en quoi consiste l'intervention: http://www.docteur-lantuejoul.com/pages/INFORMATIONS_SUR_LA_PROTHESE_DE_HANCHE-2592849.htmlIl s'agit de couper la tête fémorale et de la remplacer par une prothèse, qui vient se fixer dans le col du fémur (donc on coupe beaucoup moins que ce que j'avais imaginé) et de meuler le cotyle pour enlever les restes de cartilages et préparer une coque pour insérer la nouvelle tête.

Cela correspond à ce qu'il m'a montré. Une partie qui s'insère dans le col, la nouvelle tête (tungstène)? et parie céramique qui se met dans le cotyle.



en ce qui me concerne, la tête fémorale est en bon état, par contre il n'y a pratiquement plus de cartilage. 


Dans cet article, il est question d'un matériel nouveau, on verra bien, mais le chirurgien m'a assuré qu'il n'y aurait pas d'usure, donc pas de changement de prothèse à prévoir, mais bon je pense qu'à 90 ans, faire du ski ne se sera ma préoccupation majeure. 

A la suite de cette visite qui a permis de fixer la date opératoire, il a fallu faire une pré admission, prendre un rendez vous en anesthésie et en radiologie. Bref les dates sont prises. 

Dans le dossier d'admission j'ai découvert une fiche intéressante où l'on peut dire, au cas où l'on ne serait pas capable de dire ce que l'on veut comme type de soins, si l'on veut ou pas une réanimation etc etc. j'ai trouvé cela très bien et du coup j'en ai fait une photocopie qui est avec mon permis de conduire. 

Maintenant pourquoi est ce que cette intervention me coute tant (indépendamment du dépassement d'honoraires), cela c'est une autre histoire.

Comme je l'ai dit, j'ai beaucoup travaillé en chirurgie pédiatrique et les prothèses sont associées au cancer. En orthopédie, on scie,on coupe, on rabote, on meule, bref c'est presque plus physique d'une intervention dans le "mou" comme on disait autre fois. Et du coup, il a la question de la douleur et là j'aurais des questions à poser au moment de l'anesthésie. C'est certain que si cela pouvait être fait en péridurale j'apprécierai, mais chaque chose en son temps. 

Et puis actuellement je me vois pas avec des béquilles, cela me renvoie trop à ce que j'ai vu pendant des années en centre des réadaptation. Mais là c'était des enfants ou des adolescents. Je me demande comment je vais arriver à me débrouiller avec ça, arriver à faire ce que je veux dans la maison, ne pas être dépendante ou le moins possible et c'est peut être bien cela le noeud de cette intervention. Pouvoir faire moi même sans demander de l'aide.

Et du coup cela pose la question du vieillissement. Car cette usure du cartilage, même si elle existe depuis des années, car cela fait des années que cette hanche me pose problème, renvoie quand même la perte de l'autonomie, à tout ce qui petit à petit s'abime en soi. 

Que la chirurgie pallie aujourd'hui à cela, je trouve que c'est une merveille, mais le corps est ce qu'il est et il est loin d'être aussi éternel que la prothèse qui va être mise dans mon petit corps. Et peut être que le noeud se situe là: la vie et la mortitude qui est en soi. 

mardi 24 septembre 2013

Six ans.


Normalement ce blog devrait être fermé puisque je suis considérée comme guérie. Peut-être devrai-je changer le titre: "journal de ma vie avec la vieillesse qui s'installe tout doucement".

Car même si la vieillesse n'est pas une maladie, elle vous bouffe quand même pas mal. J'ai au fond de moi, l'envie de considérer comme le cancer, car elle vous "amoindrit" petit à petit. Le positif serait de considérer ce temps comme  un temps qui est donné pour s'alléger, pour pouvoir comme le Petit Prince laisser son enveloppe qui est trop lourde. Mais même si certains appellent cela la fragile beauté de l'automne, je ne peux pas dire que je l'aime vraiment. Peut être est-on autre, plus sage, mais le narcissisme en prend quand même un coup. 

Ceci dit, pour en revenir à ce blog et reparler du cancer, je viens de voir ma gynécologue qui assure comme on dit le suivi pour les années qui viennent.

Bien sûr la mammographie et les marqueurs sont bons.

Il demeure une petite douleur dans le sein irradié au contact, il demeure une facilité pour le déclenchement des bouffées de chaleur, mais tout cela est minime. De cela je ne pense même plus à en parler, parce que je m'en tire bien. Donc je revois ce médecin (que j'aime bien par ailleurs) dans un an, avec mammographie et analyse de sang. Elle elle s'occupe des frottis...

Mais les années passent et il y a eu le renouvellement l'an dernier pour 5 ans du 100% pour les actes liés au cancer et j'aurais 77 ans quand il faudra refaire la demande.

Ce qui est certain c'est que se projeter au delà de quelques mois m'est toujours très difficile et je pense que cela est en lien direct avec cette maladie. Quand j'entends quelqu'un dire "à dans un an" je ne peux m'empêcher de penser que moi je n'en sais rien, que certes je l'espère, mais une fois que cette maladie vous est tombée dessus, on devient très prudent en ce qui concerne l'avenir.

Peut être avais je déjà tendance à faire les choses non pas exactement à la date prescrite (par exemple pour les plantations dans un jardin), mais maintenant et de plus en plus, je fais les choses quand j'ai envie de les faire, parce que je ne sais pas si je pourrais les faire plus tard. Je pense que dans cette attitude qui avait été comme initiée par le cancer,est comme renforcée par la vieillesse: les muscles qui perdent de la tonicité, la mémoire immédiate qui joue de plus en plus de tours. Et pourtant je trouve que à côté de beaucoup de personnes de mon âge, j'ai énormément de chance.

Dans les prévisions révisions de la machine "corps", il y a une pose de prothèse "totale" de hanche (j'insiste un peu sur le total parce que à un moment j'avais rêvé de pouvoir garder mon fémur puisqu'il avait "une bonne tête" à la radio, mais pour le chirurgien cela fonctionne en tout ou rien: la pièce cotyle/tête fémorale est usée, donc on change le tout. C'est un peu comme pour les aspirateurs... Autrefois quand ils tombaient en panne, on changeait soit le condensateur, soit une autre pièce, maintenant on jette et on achète un neuf. J'aurai donc une hanche neuve dans le courant de l'année prochaine. Si je veux pouvoir faire du ski, ce sera en mars ou avril, ce qui veut dire prévoir des rendez vous en février.

Dans les autres prévisions, il y a, mais ce doit être du banal, des poses d'implants dentaires. Il a fallu extraire une dent il y a peu de temps, parce qu'il n'y avait pas le choix: l'âge étant responsable de la mauvaise qualité de la gencive. Et là, je n'ai pas aimé, mais il faut faire avec.

A part ca, comme Candide, je cultive mon jardin (tout en me faisant aider pour les gros travaux: les haies et les plate bandes, et cela m'est nécessaire. Même si ce n'est pas grand chose, j'aime toucher, sentir, couper. Je passe plein de temps sur l'ordinateur que je trouve être un merveilleux outil pour communiquer, même si pour certains tenir un blog sur soi, c'est un peu de l'exhibitionnisme.

Mais peut importe, j'ai bien l'intention de ne pas fermer ce blog.

Merci à ceux et celles qui l'auront lu.

jeudi 27 septembre 2012

Quelque chose qui se termine...

C'était aujourd'hui le dernier rendez-vous chez l'oncologue.

Il y avait eu au paravant les examens radiologiques et échographiques habituels, examens que je redoute, mais qui curieusement se sont bien passés.

Une explication pour comprendre cela c'est que les examens se sont enchaînés très rapidement, que la mammographie a été peu douloureuse (ceci dit je préfère quand le technicien est une femme), et que j'ai passé les échographies abdominales et pelviennes avant l'échographie des seins. Il n'y a donc pas eu d'attente en cabine et les attentes en cabine, je n'aime pas. Trop d'attentes comme pour la radiothérapie.

Il y a eu un temps d'attente pour l'écho abdominale, mais la personne qui m'a installée a laissé la lumière allumée et je dois dire que cela change aussi beaucoup de choses. Car la première chose que fait le médecin en arrivant est de couper la lumière pour que l'écran de l'échographie puisse travailler dans de bonnes conditions et du coup je deviens l'objet à examiner, je ne me sens plus sujet. Et puis il est possible que attendre dans le noir renvoie aux bombardements (je n'en n'ai pas connu beaucoup) pendant la guerre, où on attendait dans une pièce mal éclairée que le temps passe. Je ne comprenais pas grand chose de ce qui se passait, mais l'angoisse de ma mère, était palpable. Bref, avoir pu attendre dans de bonnes conditions (et pour une fois il ne faisait pas froid) a certainement contribué à faire de cette matinée, une bonne matinée, à défaut d'une matinée agréable.

Pour son dernier rendez vous, il a fait assez fort le "monsieur oncologue": plus d'une heure de retard. J'ai occupé mon temps avec la respiration en comptant sur 5, aussi bien à l'inspiration qu'à l'expiration. Il y a eu pendant tout un temps, trois petites dames qui jacassaient à l'entrée de la salle d'attente. L'une d'entre elle "tenait le crachoir" comme on dit, et même si je ne suivais pas la conversation, c'était assez drôle d'entendre comme elle se mettait en valeur. Et puis, au lieu de pester contre lui, j'ai imaginé en respirant ainsi qu'il était peut être pris par une patiente qui allait mal dans son service d'oncologie et qu'il avait choisi de rester avec elle. Sa secrétaire est venue nous dire qu'il était en réunion, mais à la limite peu importe, je pouvais attendre en pensant aussi aux personnes en traitement dans cet hôpital.

Il a regardé les examens, dicté une lettre pour ma gynécologue, mon généraliste et le chirurgien qui m'a opérée il y a 5 ans maintenant. L'important pour moi est que je n'ai plus à faire toute cette batterie d'examens, il ne reste que la mammographie annuelle. J'espère que ma gynécologue sera d'accord.

Maintenant bien sûr que dans les statistiques, je fais partie de personnes guéries grâce au dépistage.

Mais comme j'ai déjà dû l'écrire ailleurs, cette maladie là on n'en guérit pas vraiment. Bien sûr il y a toujours la marque du tatouage qui se donne à voir tous les matins, il y a la décoloration du sein irradié, il y a toujours la douleur qui même si elle a énormément diminué demeure, mais surtout il y a la mort qui est là.

Chaque jour est un jour non pas gagné sur la mort, mais un jour donné. Quand je me réveille, il y a parfois cette pensée que oui, mon coeur ne s'est pas arrêté de battre pendant la nuit, que je suis vivante, que le jour qui vient est un jour donné, un jour que j'aimerai remplir, simplement en étant qui je suis. Bien sûr il ne s'agit pas de faire des choses qui sortent de l'ordinaire, non simplement faire les choses en les vivants le plus possible. il s'agit parfois de ralentir un geste (par exemple on peut laver une casserole en automatique, ou on peut simplement en ayant des gestes un tout petit moins rapides, de penser à ce que l'on fait, de se réjouir d'avoir de l'eau courante et surtout de l'eau chaude, bref être un peu dans ce qu'on fait).

Souvent pendant les vacances, je trouvais admirable d'avoir simplement un coeur qui bat, qui ne s'arrête pas, qui fait son travail de coeur. Parfois je me disais, là je suis en train de marcher, si mon coeur s'arrête que va t il se passer? Il s'agit là de pensées, mais cela permet de goûter le temps qui est le mien autrement et je pense que cela c'est plus lié au cancer qu'à l'âge.

Que dire d'autre? Que mes yeux voient bien, même s'ils se fatiguent parfois assez vite et que moi je me fatigue aussi nettement plus vite et que cela je n'aime pas trop. Pour notre mariage, j'avais reçu comme cadeau une table à repasser. Elle a donc presque 50 ans, et elle est lourde. La semaine dernière, pour la première fois de ma vie, j'ai eu du mal à la replier et surtout à la déplacer sur 3 mètres. Alors là, je n'ai pas aimé du tout du tout.

J'entame donc cette rentrée avec des yeux qui même s'ils se fatiguent et restent un peu sensibles à la lumière (ordinateur et téléviseur) voient bien et je continue à m'extasier devant la beauté des couleurs en espérant que dans l' Au delà, ce sera encore plus magnifique, quand il n'y aura plus les limitations liées à notre système visuel. Je sais que l'an prochain je n'aurais plus tous ces examens à faire et si ma gynéco les veut, je dirai non. J'ai aussi un médecin généraliste qui ne renvoie pas systématiquement sur un spécialiste.

Que sera cette année? On "verra" bien maintenant que j'ai des yeux presque neufs. Ce que je perçois c'est qu'il y a d'autres sens à développer comme l'odorat et le goût; goûter la vie autrement, sentir autrement.


 

dimanche 24 juin 2012

"Le deuxième cristallin".

Dimanche 17 Juin.
J-1
Je commence ce billet aujourd'hui, mais il aura des suites, puisque l'intervention est pour demain.

Les gouttes antibiotiques, je ne les aime pas du tout, elle me font pleurer, elles brûlent un peu. Bon, il faut le faire...

Je dois être à la clinique à 14h15 donc encore plus tard qu'au mois d'avril. Si le timing reste identique, je pense être opérée vers 15h30, remonter vers 16h et ensuite ce sera la longue attente. Du coup je pourrais prendre du café jusqu'à 9h30, peut être aller à la messe, me laver à la bétadine (ça c'est beurk, surtout pour les cheveux) à la place du repas que je ne prendrais pas... Bon pas trop de prévisions, la spontanéité ça a aussi du bon. Je ferai demain comme je sens.

Mon problème à l'heure actuelle, ne se situe pas du tout au niveau de l'intervention, car cela a été une réussite, mais des suites, car si l'oeil opéré voit bien, il me gêne, il me fait mal par moment et parfois la convergence des deux yeux est mauvaise: je vois double: une image bien blanche  (oeil gauche) et une image bien jaune (oeil droit). Si je regarde une surface blanche une partie est blanche, l'autre est jaunâtre. Tout cela aura certainement une solution, mais les personnes qui vous disent, moi j'ai été opéré et ce n'est rien, et bien j'ai envie de leur taper dessus.

Donc à suivre.

Le jour J.

Arrivée à la clinique au sous sol pour payer. Une bonne surprise la chambre seule est directement prise en charge par la mutuelle. Puis je monte au 4°. Là accueil par une infirmière (qui a l'air seule pour tout le service) et qui se rend compte que la chambre n'est pas disponible.Donc attente dans le couloir, mais ce coup ci j'ai pensé à prendre mon Ipodtouch et je me délecte (sans rire) avec la déclamation de l'épitre aux Galates et  de ses subjonctifs...Etonnant ce style. Ceci dit cela ne sonne pas si mal. Puis installation dans la chambre, transformation en future opérée, (linge bleu marine intissé). Une petite attente, puis l'infirmière vient poser le cathlon (cette fois, il est posé beaucoup plus haut donc ne me gêne pas et surtout tout se passe bien). Ensuite elle s'occupe de l'oeil: pose d'une goutte qui brûle, d'une petite pastille dans le cul de sac oculaire. Un peu d'attente, et elle revient pour mettre de la bétadine et laver. Ensuite je reprends mon écoute et j'ai eu le temps d'écouter les 5 chapitres.

Descente au bloc, une attente (pas désagréable) en salle de réveil (beaucoup plus agréable que le couloir) , puis un couloir. L'anesthésiste, (il a barbe courte très blanche), met une première goutte qui brûle. Je lui explique que j'ai mal réagi au fentanyl la fois précédente. Il me dit que lui donne une molécule plus récente pour éviter les effets secondaires et qu'il rajoute sa propre cuisine. Il revient au moins deux fois remettre des gouttes, puis il fait un lavage copieux à la bétadine et un rinçage non moins copieux. Il m'emmène au bloc et là fait son injection. Contrairement à la première fois je ne sens rien, je veux dire que je ne sens pas le produit qui coule dans la veine.

Le chirurgien me demande de changer légèrement de position, enlève l'oreiller, le remplace par un anneau et hardi petit, cela commence. Aucune idée de la durée. Je sens à peine la pose de coquille sur l'oeil. Et me voilà en salle de réveil mais complètement ailleurs. Je sens à peine les prises de tension et le temps ne me parait pas long. D'ailleurs cette fois ci je n'ai pas d'horloge en face de moi.

Quand je remonte, Philippe vient de revenir aussi. Je suis toujours aussi "ensuquée" comme on dit dans le midi. L'infirmière vient prendre ma tension, me dit qu'on m'apportera une collation. Je demande si je pourrais ensuite m'habiller, ce à quoi elle répond affirmativement. La collation arrive, j'ai pu avoir du chocolat et non du café, ce que j'ai trouvé appréciable. Le comprimé est mis avec la collation. Là aussi c'est mieux.

Puis une petite attente. La sortie arrive. Il est 18h. Une goutte, des papiers à signer et retour à la maison. Toujours à côté de mes pompes. L'énervement commence un peu à se manifester.

Maison, là trop rien à dire sauf que je ne sais pas quoi faire de moi. Donc coucher tôt, avec carrément un somnifère. Donc une bonne nuit l'un dans l'autre.

J+1
Comme je l'ai dit une bonne nuit et un café au lit, cela c'est vraiment chouette. L'oeil lui pas grand chose. Il ne voit plus jaune, mais il voit très trouble. Je trouve dans la paupière inférieure la pastille posée hier par l'infirmière. Bizarre. Je l'enlève donc. Je lave un peu ce que je ressens comme des trucs genre  "bonhomme de sable", mets la première goutte qui dilate la pupille, la seconde sera mise un quart d'heure plus tard. Et vogue la galère en attendant le rendez vous à 14h15. Il me semble que la dernière fois, l'oeil opéré voyait mal, trouble. Donc attendre...

Visite chez l'ophtalmo, toujours aussi mutique. Il a pris la tension ce qu'il n'avait pas fait: 18, un peu élevée mais normale. Que je vois mal c'est lié à l'oedème, mais là encore faut lui arracher les mots de la bouche. Prochaine visite vendredi. Il y a un superbe fleuriste en bas du cabinet, alors je me suis fait plaisir:des pivoines et une petite plante pour le jardin, là où il y a des trous dans la haie. Cela mettra de la couleur.

J+2.
La vision de près s'est énormément améliorée, plus besoin de lunettes.Pour la vision de loin ce n'est pas encore ça, et il me semble que chaque oeil voit le blanc d'une manière un peu différente, mais le jaune a complètement disparu. C'est la luminosité qui est très douloureuse. Sinon il faut que je n'oublie pas les gouttes, cela fait quand même 6 instillations par jour. J'ai même été dans le jardin aujourd'hui, profiter à la fois du soleil et de l'humidité de la terre pour enlever les mauvaises herbes et aussi pour éclaircir certaines zones. Bilan positif pour aujourd'hui.

J+ 4 Visite chez l'ophtalmo. La vision est à 7/10 du côté opéré. La tension est redescendue à 13. J'ai appris que la vision du premier oeil est de 9/10. Pour les gouttes, c'est comme l'autre fois, c'est à dire plus rien pour dilater la pupille (tant mieux car la luminosité me fait mal) et 3 fois pour les autres. Je le revois vendredi 29. Une autre nouveauté, c'est que mes lunettes pour voir de près ne sont plus du tout adaptées et qu'il me semble que peut être je pourrais m'en passer.

Il me semble que les deux yeux n'ont pas exactement la même vision du blanc, mais je suis contente que l'intervention soit derrière et que il faut certainement que les yeux apprennent à travailler ensemble. Je suis très contente pour le moment de ce qui a été réalisé.

Une petite réflexion: je réfléchis sur ce que l'on met derrière le mot guérison. D'une certaine manière, on peut dire que je suis guérie de la cataracte, mais c'est grâce à la pose de prothèse. Une guérison ce serait que l'opacité du cristallin parte d'elle même. Là c'est le fruit d'une "opération" d'un geste qui a modifié radicalement les choses, mais ce n'est pas "une guérison" au sens fort du terme. Enfin il me semble. Mais merci à la médecine et des progrès réalisés.

Une autre réflexion: maintenant que ma vision est bien meilleure, que je vois ce que je ne voyais pas avant, je dois constater que beaucoup de saleté s'est accumulée dans la maison. Il y a certes la pollution (il faudrait nettoyer les appuis de fenêtres tous les deux jours), l'usure de la maison, mais il y a eu aussi, parce que je ne percevais pas certaines choses un certain aller de ma part. Enfin c'est comme cela que je ressens les choses. Je n'aurais pas dû laisser autant de gras s'accumuler à la cuisine par exemple. Or comme j'aime bien passer du concret au spirituel, je me dis que si les yeux de l'âme s'ouvrent, on doit effectivement se sentir parce que le mal est en dehors de soi et en soi, pas "net" du tout. Ce qui du coup me permet de comprendre cette demande de purification, d'avoir une eau pure qui coule sur soi et qui enlève tout ce qui est accumulé, tout ce qui bouche les pores, tout ce qui empêche finalement de respirer. Il y a une phrase d'Ezéchiel qui résume cela: Ez 36,25: "Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés,... 26: et je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau...


mardi 19 juin 2012

5 ans.

Normalement j'aurais dû écrire vers le 23 Mai, qui est la date de l'exérèse du nodule, mais le temps a passé et j'avais la tête un peu prise par l'intervention sur l'oeil droit (pose d'un cristallin).

Et avec cette intervention qui m'a donné comme un regard neuf sur mon environnement et qui m'a fait réfléchir au travail (même spirituel) qu'il faut faire chaque jour pour que les pores ne s'obstruent pas par la pollution et la saleté ambiante, m'a poussé  à regarder autrement mon petit monde mais aussi mon monde intérieur.

La prise en charge Sécurité Sociale pour les examens liés au cancer a été renouvelée pour 5 ans. J'aurais 77 ans... L'âge auquel on arrête de lire Tintin.

Je sais que pour les statistiques, je rentre dans le pourcentage des personnes guéries du cancer du sein. Oui si guérie veut dire qu'il n'y a plus de cellules cancéreuses (ce qui ne veut pas dire qu'il ne s'en refera pas). Oui si guérie veut dire vie normale, où cette maladie n'a plus sa place.

Mais même guérie cette maladie (mais faut il l'appeler comme cela) reste présente. Elle reste présente dans mon psychisme. Elle reste présente dans mon miroir (décoloration quasi totale du mamelon et point de marquage de la radiothérapie). Elle reste présente par quelques bouffées de chaleur. Elle demeure car même si je peux me coucher sur mon sein sans que cela soit vraiment douloureux, il n'est pas comme l'autre et il y a toute une zone qui reste sensible à la moindre pression. Les traces sont là, et elles ne s'effacent pas d'un simple coup de chiffon ou avec un anti dégraissant..

J'ai lu un mémoire de master consacré à l'Art Thérapie (danse) dans le traitement du cancer du sein; il était demandé de qualifier ce sein (opéré, remanié, considéré comme mutilé) présent ou absent par les personnes et je me suis rendue compte que pour moi, ce sein, même s'il est vivant par ce qu'il ressent, il est quand même mort et je me dis que ce n'est pas rien. Il a été comme stérilisé par la radiothérapie et de ce fait il est à moi sans être à moi.

Une femme stérilisée ne peut plus avoir d'enfant. Elle ne peut plus se reproduire. Et finalement au fond de moi cette stérilisation qui a modifié profondément la structure interne de mon sein, elle a fait une espèce d'arrêt. C'est certainement stupide, mais parfois la fantasmatique l'est, mais c'est comme si ce sein ne pourra plus jamais donner de lait (même si dans la réalité n'en n'a pas été capable). Il y a quelque chose qui est mort et qui n'est pas du fait de l'âge, mais c'est mort et il ne peut plus être revitalisé.

Le cancer oui j'en suis guérie, mais il a fait des choses en moi, des bonnes, des moins bonnes; Il m'a fragilisée (je pense que si les opérations  me stressent -pour employer un mot à la mode- autant, si j'ai autant de mal à supporter d'être dans une salle semi obscure d'échographie, ce n'est pas pour rien), mais certainement aussi humanisée car il m'a fait entrer (et aussi sortir) de ce monde de la maladie. Ceci a agrandi mon coeur, et finalement n'est ce pas cela le plus important? Pour moi l'humain est celui qui a un coeur qui n'en finit jamais de s'ouvrir sur un grand nombre de dimensions. Et plus les dimensions sont nombreuses et plus l'homme devient un Homme, un humain crée pour être en relation, pour transmettre et pour prendre soin de lui et des autres. Et que cela en prime lui permette de découvrir le Tout Autre, j'en suis convaincue.

Pour clore les 5 ans, il me reste tous les examens à faire en septembre, ainsi qu'une consultation avec l'oncologue qui me suit depuis le début de cette atteinte. .Normalement le relai sera pris par la gynécologue qui me reçoit ici, mais qui vivra verra.

Pour moi,vivre c'est vivre un jour après l'autre, avec certes des projets, mais en sachant qu'ils ne verront peut être pas le jour. Car c'est peut être cela ma leçon du cancer: chaque jour est un jour donné. A moi d'essayer de le remplir et de remercier parce que le souffle de la vie qui est en moi pour ce jour là, fait de moi une vivante.