dimanche 2 décembre 2007

"Brisement".



Amandes dans leur coques d'un vert tendre, amandes de mon enfance.


Un de mes amis me disait il y a quelques jours que pour certains pères du désert des premiers temps du christianisme, les épreuves pouvaient s'entendre en terme de "brisement". Briser ce n'est pas écraser. Pour manger l'amande qui est le coeur, il faut bien briser la coque, la briser, ce qui nécessite finalement une certaine habileté. Mais en ce moment ce que je vis est plus de l'ordre de la destruction que de la brisure et c'est là où aujourd'hui le bât blesse.

Alors pourquoi ce préambule? Simplement parce que différents résultats d'examens (sang et frottis) me posent des questions et que l'examen radiologique de demain me fait peur.

J'aurais pu attendre demain pour rédiger ce billet, mais c'est aujourd'hui que quelque chose me taraude.

Ce que je ressens aujourd'hui c'est une espèce de destruction de ce que j'étais depuis le début des rayons et la prise du tamoxyfène (l'anti-hormone utile pour traiter mon cancer).

Je n'ai pas ressenti cela après la chirurgie. Mais il y a bien un avant les rayons et un après les rayons, un avant le tamoxyfène et un après. Je supporte mal ces petites atteintes que je pense liées aux rayons et aux médicaments: petite diminution de l'hémoglobine, présence de cellules peu inflammatoires et de cellules hémorragiques dans les frottis (ce qui n'avait jamais été le cas). J'ai l'impression d'avoir été quelqu'un de sain sans gros problèmes avant la détection de ce nodule cancéreux et de basculer dans une espèce de dégradation.

Il faut dire que l'idée d'une possible atteinte de la paroi utérine me fait peur. Si cette partie de moi devait être enlevée, je sais que je le vivrais très mal, même si je fais la fière (à mon âge, je n'en ai plus besoin).

Ce matin j'ai fait un rêve un peu étonnant: nous avions décidé mon mari et moi-même de faire une courte promenade en bord de mer. Nous voulions aller jusqu'à un promontoire et faire demi-tour ensuite. De fait arrivés à cet endroit, le chemin changeait complètement d'allure: il se mettait à grimper en longeant une sorte de cuvette assez grande, remplie d'eau noirâtre. Dans cette cuvette qu'il fallait soigneusement contourner il y avait une sorte d'énorme crabe (un peu comme celui décrit par Kipling dans les "histoires comme ça": le crabe qui jouait avec la mer). Nous avons fait demi tour sans trop nous poser de question en essayant de rester hors d'atteinte. Nous ne sommes pas tombés dans la mare, nous n'avons pas été saisis par les pattes, mais il fallait faire vite, se dépêcher et d'une certaine manière lutter contre le temps car la nuit tombait.

Le positif de ce rêve c'est que mes deux jambes fonctionnaient ce qui est loin d'être le cas dans d'autres rêves ou il m'est impossible de franchir la moindre côte ou le moindre escalier (belle représentation de la maladie qui paralyse).

Mais l'association crabe et cancer est la première qui vient, et là le crabe était assez monstrueux, ce qui montre je le crois à quel point, cette maladie est vécue par moi comme quelque chose de potentiellement très destructeur.




Les rayons en détruisant des cellules cancéreuses (?) m'ont détruite d'une certaine manière.Il y a ce que j'étais avant et ce que je suis aujourd'hui, ne sachant pas ce que je deviendrai dans les années à venir.

Qu'il y ait en moi de la colère, c'est certain. Que cela altère d'une certaine manière la confiance que je pouvais avoir en moi, c'est certain également. C'est ne plus pouvoir compter sur son corps. C'est faire entrer une certaine représentation de la mort en soi. C'est en tous les cas reconnaître sa fragilité.

Mais la question qui est pour moi importante c'est de vivre ce que j'ai à vivre, non comme un écrasement, mais comme un brisement pour que le coeur qui est dans la coque puisse être révélé.

Pas facile du moins aujourd'hui.

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